▶️ « Les plus hauts revenus paieront des cotisations de 2,8% au lieu de 28% pour les autres».

 

👉 Au-delà de 120 000 euros annuels de revenus, soit 10 000 euros par mois, le taux de cotisation sera de 2,81% seulement… Et n’ouvrira droit à aucun point ! C’est le principe des contributions de solidarité. Les 2,81% cotisés serviront à financer les points de solidarité donnés par le régime (le minimum de retraite, les compensations pour les périodes de chômage, de maternité).

Ce système existe déjà dans le système actuel, mais il n’est que de 2,3%.

 

▶️ « La réforme créée un système par capitalisation ». 

 

👉La réforme change le système, mais fonctionnera toujours selon le principe de la répartition : les cotisations des actifs d’aujourd’hui servent à financer les pensions des retraités d’aujourd’hui.

 

▶️ « La réforme va essentiellement profiter aux fonds d’épargne par capitalisation ».

 

👉 Cette idée reçue vient du fait qu’avec le nouveau système, les actifs n’acquièrent de points de retraite que sur la tranche de revenus en-dessous de 120 000 euros par an. Au-dessus, ils cotisent uniquement pour la solidarité nationale, sans s’ouvrir de points.

Dans l’ancien système, on cotisait jusqu’à un revenu annuel de 320 000 euros. D’aucuns s’inquiètent donc que la réforme ne pousse ceux qui gagnent plus de 120 000 euros par an à se reporter vers les fonds d’épargne par capitalisation. Or, même si cela arrive, en aucun cas cela ne fera « basculer le système » : les actifs dont les revenus sont supérieurs à ce seuil représentent 1% de la population, pour 4 milliards d’euros de potentielles cotisations (potentielles car il est fort probable que les hauts revenus choisissent d’autres solutions d’investissement, comme l’immobilier ou d’autres produits de placement !)

Par ailleurs, les fonds d’épargne par capitalisation ne sont pas une nouveauté. Les fonctionnaires, par exemple, bénéficient ainsi de deux dispositifs par capitalisation : le préfon, un produit d’épargne-retraite et le RAFP, une complémentaire de retraite. La RAFP représente 1,8 milliards de placements par an.

 

▶️ « Le déficit se résorbera naturellement en 2037 ».

 

👉 Un rapport du Conseil d’Orientation des Retraites datant de novembre 2017 détaillant plusieurs scénarios sur l’équilibre financier du système des retraites envisageait un retour à l’équilibre du régime en 2037. Dans son dernier rapport, le retour à l’équilibre est retardé à 2042. On peut donc en déduire que s’il existe une forte probabilité pour que le système revienne « naturellement » à l’équilibre d’ici une vingtaine d’années, rien ne permet de l’affirmer avec certitude.

De plus, un retour à l’équilibre ne vaut pas effacement de dette ! Si le système est en déficit sur une vingtaine d’années, il alourdit de facto la dette sociale, qui est actuellement financée par la CSG et la CRDS. La dette cumulée entre 2018 et 2030 est évaluée à 118 milliards d’euros, ce qui reviendrait à augmenter d’un tiers l’actuelle dette sociale… Et impliquerait autant de hausse de cotisations sur la CSG/CRDS !

 

▶️ « Le déficit du système de retraites est lié à la stagnation du nombre de fonctionnaires ».

 

👉 C’est vrai, la stagnation du nombre de fonctionnaires entraîne mécaniquement une baisse des cotisations dans les caisses de la sécurité sociale. A noter toutefois que ces cotisations sont très majoritairement assurées par l’Etat, puisque ce dernier cotise sur environ 30% du salaire, contre 10% pour les fonctionnaires.

Or, pour rappel, l’Etat est lui-même déficitaire. Les dépenses supplémentaires de ce dernier peuvent bien permettre de « colmater » le déficit des retraites, mais elles entraîneront par ailleurs une aggravation de la dette publique, dont les intérêts sont financés par … les impôts. Augmenter les cotisations de l’Etat n’est pas indolore pour les citoyens, pas plus que ça ne l’est pour la dette.

 

▶️ « Le plafonnement des dépenses de retraite dans les prochaines années à 14% du PIB alors que le nombre de retraités augmente, ce qui implique une baisse des pensions ».

 

👉 Certes, l’objectif est de maintenir les dépenses de retraite à leur niveau actuel vis-à-vis du PIB, soit 14%.

Toutefois, les dépenses vont continuer à augmenter, car le PIB n’est pas statique : à titre indicatif, il a connu une croissance entre 1 et 2% ces quatre dernières années. Par ailleurs, les 14% ne sont pas une règle, seulement un objectif qui n’est pas inscrit dans la loi et n’a pas de valeur normative.

 

▶️  Le régime n’est pas universel car il recrée des régimes spéciaux

👉 Le régime universel est qualifié « d’universel » parce qu’il propose les mêmes règles de calcul pour tout le monde.

Par comparaison, le régime d’actuel n’est pas universel puisqu’il propose des règles de calcul très différentes en fonction des régimes. Par exemple, pour un fonctionnaire la règle de calcul est de 75% des six derniers mois, alors que dans le privé elle est de 50% des 25 meilleures années.

Avec la réforme, le mode de calcul est le même pour tout le monde : 10 euros de cotisations = 1 point, que l’on soit fonctionnaire, salarié ou indépendant.

Si certaines catégories de professions (police, militaires) ont droit à des bonifications de points au titre des risques encourus, cela n’est pas très différent des bonifications auxquelles les femmes auront droit pour chaque enfant. Or, il ne vient à personne l’idée de dire qu’il existe un régime spécial pour les femmes : ce n’est pas plus vrai pour les policiers et les militaires !

 

▶️  Il n’y a pas 42 régimes de retraites en France 

👉 Si, voici une liste des caisses : https://www.legislation.cnav.fr/Documents/circulaire_cnav_2013_32%20_02052013_annexe.pdf

 

▶️  La retraite minimale à 85 % du smic est déjà prévue par la loi, ce n’est donc pas une amélioration

👉 En effet, une loi de 2003 indiquait que « la nation se fixe pour objectif d’assurer en 2008 [une pension] au moins égale à 85 % du salaire minimum ». Toutefois, il s’agissait uniquement d’un objectif, qui n’avait pas de valeur normative.

La rédaction retenue par la loi portant réforme des retraites est contraignante : autrement dit, elle sera appliquée.

Autre différence : alors que la loi de 2003 ne visait que les retraités du privé, la réforme applique cette retraite minimale aux futurs retraités du privé, aux fonctionnaires et aux indépendants (dont les agriculteurs, ce qui est une grande avancée).