Biarritz accueillait du 24 au 26 août le sommet du G7. Si cet événement est largement médiatisé, il reste en revanche assez méconnu et les sujets qui y sont abordés peuvent paraître éloignés de notre quotidien, rendant un éclairage nécessaire.

 

Un groupe informel de discussion des grands sujets internationaux

Le « groupe des 7 », plus simplement appelé G7, a été constitué en 1975 avec les Etats-Unis, le Japon, l’Allemagne, la France, le Royaume-Uni, le Canada et l’Italie. Ces pays représentent alors les 2/3 de la richesse mondiale. Dans un contexte marqué par la guerre froide et les tensions économiques, le G7 doit permettre aux dirigeants des principales puissances économiques (hors Russie) d’échanger sur les sujets internationaux, notamment économiques.

Le G7 est un groupe informel de discussion et non une organisation internationale comme les Nations Unies. Il ne prend donc pas de décisions qui seraient contraignantes. Les sujets à l’ordre du jour du G7 sont préparés et négociés pendant un an par des diplomates que l’on surnomme les « sherpas ». Ils sont ensuite discutés par les dirigeants des 7 pays membres lors du sommet annuel. Chaque année, la présidence du G7 tourne entre les pays : la France assurait la présidence en 2019, les Etats-Unis prendront le relais en 2020.

Le G7 a évolué au fil du temps : à la fin de la guerre froide, il a intégré la Russie, devenant alors le G8. Ce pays a cependant été exclu du groupe en 2014 après qu’il a annexé en toute illégalité la Crimée appartenant à l’Ukraine. La question de sa réintégration fait aujourd’hui débat.

Le G7 est souvent critiqué comme illégitime : les pays qui le composent ne représentent plus « que » la moitié des richesses mondiales. Il est également vu comme inefficace. Dans ce contexte, le sommet de Biarritz suscitait peu d’attentes, il a pourtant créé la surprise.

 

Pourquoi le sommet de Biarritz est une réussite ?

 La tragédie qui se déroule en Amazonie avec de gigantesques feux de forêt a rappelé l’urgence écologique à laquelle nous sommes confrontés. Le Président Macron a donc souhaité que ses homologues se saisissent de cette question. Des engagements concrets ont été pris par le G7 sur l’Amazonie avec une aide proposée au gouvernement brésilien.

Des sujets économiques majeurs ont également été abordés :

  • La taxation des géants du numérique (les « GAFA » pour Google, Amazon, Facebook, Apple) fait l’objet d’une controverse entre les Etats-Unis et la France, qui s’est dotée en 2019 d’une loi pour taxer ces entreprises sur les bénéfices qu’elles réalisent dans notre pays. Un compromis a été trouvé : une taxe internationale sur les GAFA sera mise en place en 2020 et la France retirera alors sa propre taxe.
  • La guerre commerciale entre les Etats-Unis et la Chine a également été discutée. Ces deux pays sont engagés dans une augmentation continue de leurs droits de douane. Concrètement, il est de plus en plus cher d’acheter des biens américains en Chine et des biens chinois aux Etats-Unis. Donald Trump, qui avait le premier ouvert les hostilités en taxant fortement certains biens chinois, a joué la carte de l’apaisement en annonçant que les négociations avec la Chine allaient reprendre.

Ces sujets peuvent paraître techniques et éloignés de nos vies quotidiennes mais pourtant ils les concernent directement. La taxe sur les géants du numérique met à contribution de très grandes entreprises : c’est autant d’impôts en moins pour les contribuables. Par ailleurs, nous avons tout à perdre d’une guerre commerciale entre les Etats-Unis et la Chine : elle fait peser un risque sur l’économie mondiale et pourrait provoquer une nouvelle crise économique. Les compromis et les apaisements trouvés lors de ce G7 vont donc dans le bon sens.

Le sommet a enfin été marqué par une reprise spectaculaire des discussions sur le nucléaire iranien. L’enjeu est simple : l’Iran développe un programme nucléaire sur son sol mais nous ne voulons pas qu’il puisse de doter de la bombe atomique, ce qui déstabiliserait tout le Moyen-Orient. Un accord avec l’Iran avait été trouvé en 2015 mais dès son élection Donald Trump a retiré son pays de cet accord. En réponse, l’Iran a menacé d’enrichir de l’uranium au-delà des seuils autorisés et donc potentiellement d’atteindre un niveau lui permettant d’avoir la bombe atomique. A l’initiative d’Emmanuel Macron qui a obtenu l’accord de Donald Trump, le G7 a cependant permis de relancer les discussions. Invité surprise du sommet, le Ministre iranien des Affaires étrangères a pu s’entretenir avec son homologue français Jean-Yves le Drian et le Président Macron afin de discuter des reprises des négociations. A ce stade aucun engagement n’est pris mais c’est un signal extrêmement positif.

 

Ce sommet est un succès pour la diplomatie française et le Président de la République.

Ce sommet de Biarritz que l’on présentait sans réel intérêt aura donc été un succès. C’est le signe de l’excellence de la diplomatie française qui a su préparer l’événement avec un grand professionnalisme et obtenir des avancées sur des sujets internationaux majeurs.

C’est également un succès pour la stratégie du Président de la République, qui a mis au cœur des débats la question écologique. Son approche de la diplomatie, avec l’accent mis sur le développement des relations personnelles entre les dirigeants, lui a également permis d’avancer avec succès sur des dossiers sensibles. Fort de sa relation avec un Donald Trump réputé pour être instable et imprévisible, il a pu obtenir le soutien tacite du président américain pour relancer le dialogue avec l’Iran.

Ce sommet aura donc renforcé le rôle majeur joué par la France sur la scène mondiale et aura renforcé la stature internationale du chef de l’Etat.