➡️ Les origines du conflit et le début des tensions (octobre 2021 – janvier 2022)

 

L’Ukraine est un sujet de tension récurrent entre la Russie et les pays occidentaux depuis la révolution dite « de Maïdan » en 2014, qui a destitué le président ukrainien pro-russe, M. Viktor IANOUKOVITCH, du fait de sa décision de mettre fin aux négociations pour un accord de coopération avec l’Union européenne (UE). Moscou considère en effet l’Ukraine comme faisant historiquement partie de sa sphère d’influence. À la suite de l’installation d’un gouvernement pro-européen à Kiev, Moscou a pris l’initiative d’annexer la péninsule de Crimée, au nom de la protection des communautés russophones présentes en Ukraine. Cette annexion a été suivie par le début d’un conflit dans la région du Donbass, à l’est du pays, entre le pouvoir central de Kiev et des séparatistes soutenus par la Russie. Cette guerre a fait plus de 14 000 morts en huit ans selon l’Organisation des Nations Unies (ONU), et se poursuit malgré la conclusion des Accords de Minsk, signés en février 2015 sous le format dit « Normandie » (Allemagne, France, Russie, Ukraine) et qui prévoyaient un cessez-le-feu.

 

Au début du mois de novembre 2021, l’armée russe a positionné près de 100 000 soldats le long de la frontière ukrainienne, augmentant peu à peu leur nombre au fil des mois et organisant des préparatifs à ce qui apparaissait comme une future invasion de l’Ukraine. Aux forces russes habituellement stationnées dans l’ouest du pays, se sont ajoutées des unités puisées dans dix des onze corps d’armées russes, parfois acheminées depuis 6.000 km. Au point qu’il ne reste presque plus de soldats dans l’Extrême-Orient russe, situation sans précédent. En février 2022, on estime qu’environ 150 000 soldats russes, 1200 blindés et plusieurs centaines d’hélicoptères sont actuellement déployés sur trois théâtres d’opération autour de l’Ukraine : en Biélorussie, en Crimée et dans le Donbass, ainsi que tout le long de la frontière russo-ukrainienne. Malgré les 220 000 hommes que compte l’armée ukrainienne, la supériorité technologique de la Russie lui donne un avantage indéniable.

 

Le gouvernement russe entendait notamment amener les États-Unis à discuter des propositions visant à « assurer la sécurité de la Fédération de Russie », émises à la mi-décembre 2021. Celles-ci prévoient:

  • Que la Russie et les membres de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN) en date de 1997 – avant l’élargissement vers l’Europe orientale – s’engageraient à ne pas disposer de forces sur d’autres territoires européens.
  • Le non-élargissement de l’OTAN à l’Ukraine, à la Géorgie ou à tout autre pays candidat.
  • Que l’Alliance atlantique ne devrait conduire aucune activité militaire sur le territoire ukrainien, mais aussi plus généralement en Europe orientale, en Asie centrale et dans le Caucase du Sud, soit la sphère d’influence de l’ancienne Union des républiques socialistes soviétiques (URSS).

 

Les demandes de la Russie ont été officiellement rejetées par les États-Unis et leurs alliés au cours des rencontres diplomatiques qui se sont tenues à Genève les 09 et 10 janvier 2022 entre diplomates russes et américains, à Bruxelles le 12 janvier entre l’OTAN et la Russie, et enfin à Vienne le 13 janvier, dans le cadre de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE).

 

Le 7 février 2022, le président de la République française, M. Emmanuel MACRON, dont le pays préside actuellement le Conseil de l’Union européenne, s’est rendu à Moscou afin de renouer le dialogue diplomatique, en s’entretenant personnellement avec M. Vladimir POUTINE, président de la Fédération de Russie. M. MACRON s’est ensuite rendu à Kiev pour échanger avec le président ukrainien, M. Volodimir ZELENSKY, et enfin à Berlin pour s’entretenir avec le chancelier allemand, M. Olaf SCHOLTZ, et le président polonais, M. Andrzej DUDA, dont le pays préside actuellement l’OSCE.

 

Mais, alors que M. MACRON semblait également avoir obtenu de M. POUTINE l’engagement de ne pas alimenter d’escalade supplémentaire, des manœuvres conjointes entre les armées russes et biélorusses, annoncées subitement le 17 janvier dernier, se sont tenues du 10 au 20 février en Biélorussie, en parallèle d’exercices de la marine russe en mer Noire.

 

 

 

➡️ Le déclenchement du conflit armé (février 2022)

 

Le 20 février 2022, M. POUTINE a reconnu, au nom de la Fédération de Russie, l’indépendance des républiques autonomes de Donesk et de Louhansk, qui composent la région autonomiste du Donbass, représentant 7% du territoire ukrainien et comptant 5 millions d’habitants. Cette reconnaissance a rendu caduques les Accords de Minsk, censés régir le processus de paix entre la Russie et l’Ukraine. À la suite de cette décision, le Conseil européen a adopté plusieurs mesures contre la Russie, à savoir :

 

  • Des sanctions à l’encontre de 351 membres de la Douma d’État russe qui avaient voté, le 15 février, en faveur de l’appel lancé à M. POUTINE pour qu’il reconnaisse l’indépendance des « républiques » autoproclamées de Donetsk et de Louhansk
  • Des sanctions à l’encontre de 27 personnes et entités qui ont contribué à compromettre ou à menacer l’intégrité territoriale, la souveraineté et l’indépendance de l’Ukraine
  • Des restrictions en matière de relations économiques avec les régions non contrôlées par le gouvernement des oblasts de Donetsk et de Louhansk
  • Des restrictions de la capacité de l’État et du gouvernement russes à accéder aux marchés et services financiers de l’UE

 

Le jeudi 24 février 2022 à 5h30 (heure de Moscou), à la suite d’une annonce télévisée de M. Vladimir POUTINE, la Russie a engagé une attaque militaire massive contre l’Ukraine. Selon M. POUTINE, le but de cette opération militaire serait de répondre à « l’appel à l’aide » des entités séparatistes du Donbass et « de protéger les personnes qui, depuis huit ans, sont victimes d’intimidation et de génocide de la part du régime de Kiev. » Il a également dit vouloir « démilitariser et dénazifier » l’Ukraine, en précisant cependant que objectifs russes ne comprenaient pas « l’occupation des territoires ukrainiens. »

 

En l’état actuel des connaissances, une opération terrestre depuis le Donbass a été lancé par l’armée russe en direction du port de Marioupol, qui donne sur la mer d’Azov, celle-ci annonçant déjà des gains territoriaux sur ce front. Une deuxième poussée depuis la Russie viserait la ville de Kharkiv, deuxième ville du pays (1,4 millions d’habitants). Depuis la Crimée, l’armée russe aurait pénétré d’environ 100 km à l’intérieur du territoire ukrainien, avec pour cible la ville de Kherson, à l’embouchure du fleuve Dniepr.

 

Enfin, une opération est menée depuis le nord via la Biélorussie avec pour cible Kiev, la capitale ukrainienne, située à moins de 150 km de la frontière biélorusse. L’aéroport de fret de Hostomel, situé à seulement 20 km au nord-ouest de la ville a été l’objet de violents combats entre l’armée russe et l’armée ukrainienne, qui a réussi à le reconquérir après l’avoir initialement perdu. Le site de l’ancienne centrale nucléaire de Tchernobyl a également été conquis par les forces russes. La base ukrainienne sur l’île des serpents, située en mer Noire, a également été prise. Le vendredi 25 février au matin, les troupes russes se dirigeraient rapidement vers la capitale.