« 102 ans ! Voilà 102 ans qu’à 11h, à bord d’un wagon, dans l’Oise, prenait fin un des conflits les plus meurtriers que notre monde occidental avait connu.
Fruit de la conjugaison des nationalismes et d’un terrible jeu de dominos diplomatiques, cette guerre, sensée être brève, est vite devenue un macabre bourbier entrainant le monde dans la noirceur.
Cette guerre qui devait être la Der des Ders portait en germe un autre conflit qui traversa notre pays et l’Europe un peu plus de deux décennies plus tard.
Elle permit aussi de faire émerger, pour la 1ère fois, le rêve d’une Europe unie.
Rappelons-nous avec émotion les soldats de tous camps qui, à plusieurs reprises, ont cessé les combats et fait preuve de fraternité en oubliant ce qui les opposait. C’est une première pierre insconsciemment posée à l’édifice européen que nous connaissons aujourd’hui.
Nous commémorons le terrible sacrifice de tant d’hommes fauchés dans la fleur de l’âge, qui, pour nombre d’entre eux avaient quitté leurs foyers la fleur au fusil.
Depuis 2012, le #11novembre, avec les cérémonies qui s’y rattachent, est aussi le jour où nous honorons tous les soldats tombés pour la #France.
Alors que pendant près de 70 ans, nous n’avons pas connu de conflit sur notre sol, notre pays fait à nouveau face à de grands défis – sanitaires, sécuritaires, économiques, sociaux, écologiques, démocratiques…- défis qui nous suggèrent plus que jamais de contempler ce passé qui nous domine, pour en tirer leçon, pour agir, chacun à la place qui est la nôtre, pour le bien de tous, pour éviter que l’Histoire ne hoquette.
Ce 11 novembre 2020 résonne tout particulièrement à mon coeur.
Dans ce premier conflit mondial, mon arrière-grand-père disparaissait à
Verdun, 1 an plus tard son épouse était victime de la grippe espagnole, laissant mon grand-père maternel et sa jeune soeur, orphelins.
Cette histoire de famille, petit morceau de la grande Histoire est celle dans laquelle j’ai grandi. Comme nombre de françaises et de français dont un grand-parent, un arrière-grand-parent a perdu la vie dans ce conflit.
Dans une époque où des obscurantismes, certes aux fondements différents de ceux qui obscurcirent la 1ère moitiè du siècle dernier, secouent notre pays et se manifestent dans une guerre qui parfois nous sidère ; prenant la forme d’attentats et se jouant aussi sur des théâtres d’opérations loin de notre sol ; à une époque où une nouvelle pandémie emporte tant de nos concitoyens, le parallèle pourrait parfois couper le souffle.
Alors que nous faisons devoir de mémoire, celui sans lequel une nation ne peut avoir de base solide, ayons une pensée pour les soldats morts en mission au service de la France en cette année 2020.
Ayons aussi une pensée pour tous leurs frères d’armes car,
Ne nous y trompons pas, du Sahel à la Syrie, nos soldats assurent depuis le théâtre d’opérations extérieures, notre sécurité, ici, sur notre sol, en luttant pied à pied contre le terrorisme qui se construit sur ces terrains avant de s’exporter et s’importer sur le territoire national.
Ayons également une pensée pour d’autres combattants,
Tous nos enseignants qui, à l’instar de Samuel Paty, éveillent les consciences et ouvrent l’esprit des jeunes générations ;
Tous nos soignants qui, jour après jour, depuis de longs mois, luttent pied à pied contre cet ennemi, certes invisible, qu’est la Covid-19.
L’hommage de ce 11 novembre 2020 revêt une importance d’autant plus grande que les défis auxquels nous faisons face aujourd’hui sont nombreux.
En mémoire de ceux qui nous ont précédé, en respect pour le sacrifice de tous les combattants, ceux d’hier, ceux d’aujourd’hui, sachons, individuellement, collectivement, nous hisser à la hauteur de l’Histoire, faisant en sorte qu’elle ne se reproduise pas en ce qu’elle à de plus sordide. »
Sophie Beaudouin-Hubière.